p. 9 – 11

Christian BELIN

Réceptions de bossuet
au XVIIIe siècle

p. 13 – 20

Anne RÉGENT-SUSINI

Bref état des lieux

Au XVIIIe siècle, tandis que la masse croissante d’œuvres publiées fait de l’œuvre bossuétiste un arsenal d’arguments et d’autorités théologiques à la fois commode et encore nimbé d’une autorité relativement consensuelle en milieu catholique, la publication des œuvres inédites fragilise la stature du grand homme, en en présentant une figure plus ambivalente, voire plus énigmatique qu’on ne l’aurait supposé, et parfois espéré – ce qui ne l’empêche pas d’entrer dans le Panthéon littéraire naissant.

In the 18th century, while the growing number of published texts makes Bossuet’s work a set of arguments and theological authorities both convenient and still relatively consensual in the Catholic milieu, the publishing of previously unpublished texts makes his authorship more fragile, by showing him a more ambivalent, or even enigmatic figure than one might have expected or hoped – which does not prevent him from entering the new literary Pantheon.

p. 21 – 41

Béatrice GUION

Lectures de Bossuet au XVIIIe siècle

Cet article étudie la réception de Bossuet écrivain au XVIIIe siècle, en s’appuyant d’une part sur des auteurs emblématiques des Lumières, d’autre part sur un corpus didactique, et enfin sur les écrits de Maury. Il met en évidence les ambivalences dans les appréciations portées sur Bossuet écrivain : si on lui reconnaît une éloquence caractérisée par la grandeur, la force, l’énergie et le sublime, on lui reproche un mélange des registres, des familiarités, voire un manque d’art.

This article deals with Bossuet’s reception as a writer in the 18th century. It takes into account key thinkers of the Enlightenment, as well as various didactical textbooks and finally the writings of Maury. This article highlights the ambivalences in the judgements made about Bossuet as a writer: if all agree that his eloquence is characterised by greatness, force, energy and sublime, he is also reproached for his colloquialisms, a regrettable mix of styles, and even a lack of art.

La comparaison récurrente entre Bossuet et Fléchier repose sur des modèles de prédication divergents. Leur double portrait, s’inscrivant dans le genre du « parallèle », permet de mieux saisir les deux types de « grande éloquence » souvent opposés au XVIIIe siècle : la véhémence et l’élégance. Les préférences exprimées correspondent à des choix rhétoriques et stylistiques qui, au-delà de ces figures, éclairent certaines orientations esthétiques de la première moitié du XVIIIe siècle.

The recurrent comparison of Bossuet and Fléchier is based on divergent preaching ideals. Their double portrait, which belongs to the tradition of “parallels”, offers a concrete way of understanding the two types of “great eloquence”, vehement or elegant, which 18th-century authors often oppose. Supporting one or the other therefore becomes a way of expressing general rhetorical and stylistic views, a dichotomy which illuminates some aspects of the aesthetic debates during the first half of the 18th century.

p. 59 – 71

S’interrogeant sur la faible densité du corpus bossuétiste dans l’Encyclopédie, l’article montre que si elle est liée à à une sécularisation du champ théologico-politique, elle aboutit également à réinvestir l’œuvre de Bossuet dans le champ de l’éloquence, objet à partir de la fin du XVIIe siècle d’une mutation profonde. Les oraisons funèbres de Bossuet permettent alors de définir un rapport renouvelé à l’expression littéraire, aux premiers rangs de laquelle se trouvent le sublime et le génie.

Bossuet is rarely mentioned in the Encyclopédie. This rarity can be explained by a gradual secularization of the theological-political field. However, it also leads to transferring Bossuet’s work into the field of eloquence, an object of deep change from the end of the seventeenth century. Bossuet’s oraisons funèbres therefore contribute to define a renewed relationship to literary expression, namely around the notions of sublime and génie.

Deux orientations se dégagent de la lecture des Questions sur l’Encyclopédie : d’une part, le chantre nostalgique de la grandeur des classiques réserve une place de choix à Bossuet dans son Panthéon littéraire ; d’autre part, le philosophe s’oppose à cette figure de proue, à ses yeux d’un catholicisme autoritaire et persécuteur. En dépit de son éloquence, Bossuet reste, pour Voltaire le représentant par excellence de l’institution ecclésiale.

Voltaire’s Questions sur l’Encyclopédie show two different aspects of Bossuet. On the one hand, Voltaire, nostalgic heir of the classics’ greatness, gives Bossuet a privileged treatment in his literary Pantheon. On the other hand, as a philosopher, he opposes a bishop, who in his view embodies an authoritative and persecuting Catholicism. Despite his eloquence, Bossuet remains for Voltaire the perfect representative of the institutional Church.

p. 97 – 105

Sylviane ALBERTAN-COPPOLA

L’histoire du christianisme

Bossuet fournit à Yvon un modèle permettant de concilier histoire ancienne, providentialisme et théorie absolutiste. Cependant, Yvon n’adhère pas entièrement au discours répressif de Bossuet. Marqué par sa propre expérience de contributeur à l’Encyclopédie, il défend la tolérance civile envers les hérétiques, sinon envers les athées et les déistes (tout en soutenant la nécessité de l’intolérance ecclésiastique), et contribue ainsi à l’infléchissement de l’image de Bossuet dans le camp chrétien.

Bossuet offers Yvon a model which allows him to combine ancient history, providentialism and absolutist theory. However, Yvon does not completely support Bossuet’s repressive views. His experience as a contributor to the Encyclopédie leads him to support civil tolerance towards heretics, although not towards atheists and deists (while he still claims the necessity of an ecclesiastical intolerance). He therefore contributes to the reorientation of Bossuet’s image in the Christian milieu.

Varia

p. 109 – 134

Marc RUGGERI

Rhétorique et spiritualité de la prière chez Dom Innocent Le Masson

Comment parler à Dieu ? La prière suppose-t-elle un discours ou consiste-t-elle en un état ? De l’orateur à l’orant, de Quintilien à Dom Innocent Le Masson (1627-1703), l’oraison spirituelle a toujours cherché à s’émanciper de l’oraison profane. Mais à étudier les écrits de direction du général des Chartreux, il semblerait que la rhétorique, si effacée soit-elle, continue à exercer une influence sur la prière. Une rhétorique de mendiant, humble et sensible, pour s’accorder à la kénose du Verbe divin.

How to speak to God? Is prayer a discourse or a state? From the orator to the orant, from Quintilian to Dom Innocent Le Masson (1627-1703), spiritual oration has always tried to emanticipate from its secular counterpart. However, the Carthusian superior’s writings suggest that rhetoric, as subdued and unobstrusive as it can be, still continues to influence prayer. This begging rhetoric, humble and sensitive, matches the divine Word in his kenosis.

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