p. 9 – 11

Christian BELIN

Éditorial

Varia

p. 13 – 35

Florent LIBRAL

Les précédents d’un motif et son évolution

Les anamorphoses de Bossuet s’inscrivent dans une longue tradition opposant unité divine et multiplicité du créé. En les insérant dans une imagerie évoquant la transition du temps à son centre, l’éternité, le prédicateur recentre le regard sur l’invisible. L’anamorphose réduit le hiatus augustinien entre la lumière aveuglante de la vérité divine, et les ténèbres du péché. Cette curiosité de perspective invite à méditer l’élément divin dissimulé en ce monde, comme le reflet d’un autre.

Bossuet’s anamorphosis are indebted to a long tradition which both contrasts and associates God’s unity and the multiplicity of creatures. By incorporating anamorphosis into a set of images suggesting the ontological transition from time to eternity, its centre, Bossuet focuses the mind’s eye on invisible. Anamorphosis reduces the Augustinian gap between the shining of truth, and the darkness of sin. This “perspective curieuse” invites the reader to meditate the divine element hidden in this world, as the reflect of another one.

p. 37 – 46

Frédéric LÉVY

Notes sur Bossuet traducteur

Qu’un prédicateur cite la Bible et les Pères de l’Église, quoi de plus naturel ? Mais Bossuet a l’étrange habitude, quand il cite un passage, d’en donner toujours la traduction française, sa traduction, avant de citer le texte latin original. N’entend-il pas montrer ainsi qu’il a déjà en lui, et que nous avons déjà en nous, le message divin ? Cette chronologie, qui s’apparente à un acte de foi, est celle-là même du latin, qui n’exprime pas l’histoire dans le même ordre que le français.

Nothing more natural than a preacher quoting the Bible and the Fathers of the Church. But, surprisingly enough, whenever he quotes a passage, Bossuet regularly delivers its French translation, in his own words, before quoting the original Latin text. In so doing he may intend to show that he already has in himself, and we have in ourselves, God’s message. Such a chronology, akin to an act of faith, is the one we find in the Latin language, where History is not exposed in the same order as in French.

p. 47 – 64

Clément VAN HAMME

Bossuet, Machon

L’évêque de Meaux et Louis Machon sont deux témoins d’une logique d’exploitation politique de la Bible au xviie siècle dont on cherche dans cet article à saisir la spécificité à l’aide de la notion d’autorité. La Bible fait autorité, la Bible parle d’autorité : ce double rapport, qui conditionne la référence dont elle est l’objet, invite à rapprocher ces deux ecclésiastiques que tout oppose et permet de mettre en perspective les usages que la littérature politique du XVIIe siècle fait du texte biblique.

Bossuet and Louis Machon offer two major examples of the political uses of the Bible in 17th century texts – which this paper will explore through the notion of authority. The Bible is an “auctoritas” and it speaks of authority; this bifold relation, which influences the way Bible is used, invites us to compare those two churchmen, whose views are so radically opposed. Furthermore, it allows us to reconsider the use of the Bible made by 17th century political literary texts.

p. 65 – 85

Gilles DROUIN

Expliquer pour comprendre, comprendre pour participer

Bossuet aborde la question liturgique dans ses activités de prédication, de gouvernement d’un diocèse, de controversiste et de commentateur de l’Écriture. Son rapport aux questions liturgiques débattues à son époque annonce le rationalisme du XVIIIe siècle mais la qualité de sa langue et son rapport vivant à l’Écriture lui évitent de tomber dans la sécheresse de nombreux commentaires et ouvrages liturgiques du siècle suivant.

Bossuet addresses liturgical issues in its preaching, government, controversialist and Scripture commentator activities. His views on liturgical issues debated in his time foreshadows eighteenth century rationalism, but his unique writing style as well as his living relationship with the Holy Scripture prevent his prose from the dryness which characterizes many comments and liturgical works of the next century.

p. 87 – 102

Julien GOMINET-BRUN

La psophologie et la musique du cœur

L’importance de l’œuvre musicale du père Mersenne n’est plus à démontrer : ses travaux en acoustique ont fait date dans l’histoire des sciences. En 1634, il publie l’acte de baptême d’une curieuse invention, la psophologie. Cette nouvelle «science des sons» est l’enfant d’un homme dont les recherches s’inscrivent dans une démarche de foi. Méditation joyeuse sur les beautés d’un monde qui ne cesse de chanter la gloire de son Créateur, ce texte est l’expression d’une spiritualité qui se chante autant qu’elle se dit.

The importance of Marin Mersenne’s musical work is undisputed : his acoustic treatises are a landmark in the history of sciences. In 1634, he invents a new science, “psophologie”. The creation of this new “science of sounds” is part of a broader spiri- tual exploration. This text is a joyful meditation on the beauties of a world which keeps singing the glory of its Creator. As such, it can be read as the expression of a spirituality which expresses itself not only by words, but also by singing.

p. 103 -118

Emmanuelle TABET

De Massillon au premier romantisme

Cet article analyse l’influence de Massillon sur le premier romantisme et les raisons pouvant expliquer le grand retentissement de son éloquence jusqu’au milieu du XIXe siècle, qui contraste avec l’oubli dans lequel est tombé l’évêque de Clermont. Les romantiques seront sensibles à la profonde mélancolie dépeinte par l’orateur, qui insiste sur le vain enivrement que procure le monde, sur l’insatisfaction fondamentale logée au cœur de l’homme et sur le « dégoût affreux » qui succède aux vaines espérances.

This paper analyses Massillon’s influence over first-generation Romantics, and the reasons which may explain the huge repercussions of his eloquence until the mid-19th century (in contrast with his oblivion hereafter). Romantics were sensitive to the deep melancholy which exudes from Massillon’s psychological developments : indeed, the preacher insists on the world’s vain ecstasy, on man’s fundamental dissatisfaction and on the “horrible disgust” following vain hopes.

p. 119 – 140

Barbey d’Aurevilly évoque Bossuet à maintes reprises. Il place au sommet de son œuvre le Discours sur l’histoire universelle, qui à ses yeux renouvelle le message d’Ézechiel et d’Isaïe. Il voit en Bossuet un combattant, un Condé de la littérature, auquel il s’identifie. Il ne s’en éloigne que lorsque Bossuet attaque Rome, se déchaîne contre Grégoire VII et se fait la voix du gallicanisme : il se déclare alors «ultramontain enragé» et proclame sa fidélité à Joseph de Maistre.

Barbey d’Aurevilly frequently mentions Bossuet. What he sees as Bossuet’s masterpiece is the Discourse on Universal History, which for him revisits Ezechiel and Isaiah’s texts. He views Bossuet as a fighter, a Condé in literature, to whom he identifies. However, when Bossuet attacks Rome and Pope Gregory VII, when he becomes the voice of Gallicanism, then Barbey claims to be “furiously ultramontane”, and declares his loyalty to Joseph de Maistre.

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